Le marché mondial du savon, et plus particulièrement du savon naturel, connaît une transformation sans précédent. Autrefois considéré comme un simple produit de commodité, le savon est devenu le porte-étendard de la transition écologique et de la cosmétique raisonnée. En 2026, la valorisation du marché global du savon dépasse les 25 milliards de dollars, avec une croissance annuelle composée (CAGR) de 5,2 %.
Cette étude approfondie analyse les quatre filières majeures de production, les flux d’import‑export et l’émergence de la saponification à froid comme nouveau standard de qualité.
1. Analyse Quantitative : Chiffres clés du marché mondial
Le marché du savon se segmente aujourd’hui entre les produits de masse et le segment premium, reflétant la demande croissante des consommateurs pour des solutions d’hygiène plus naturelles.
- Valorisation du marché européen : Environ 7,5 milliards d’euros. La France, l’Allemagne et l’Italie dominent la production continentale, contribuant à la taille du marché du savon en Europe.
- Part du savon solide : Après des décennies de domination du savon liquide, le solide représente désormais 42 % des parts de marché en volume, porté par le mouvement « Zéro Déchet » et par l’essor des savons en barre, des savons de bain et des savons artisanaux.
- Segment Bio et Naturel : C’est la locomotive du secteur avec une croissance de 12 % par an, contre seulement 1,5 % pour les savons conventionnels contenant des tensioactifs de synthèse. Ce segment inclut le savon naturel, le savon biodégradable, le savon liquide naturel et le savon biologique, répondant à une forte préférence des consommateurs pour les produits naturels et biologiques.
- Cette analyse du marché mondial des savons montre une taille du marché mondial en hausse, avec des prévisions solides jusqu’en 2025 et une croissance du marché soutenue par les produits de savon écologiques.
2. Filière 1 : Le Savon Industriel de Grande Consommation
C’est la filière de l’ultra‑efficience. Ici, le savon est produit en continu dans des tours de saponification géantes, ce qui influe sur la taille du marché du savon et la part de marché des produits industriels.
- Processus : Saponification à haute pression et haute température. Cette méthode, étudiée dans de nombreuses analyses de marché, montre une forte croissance du marché du savon industriel. La glycérine, sous‑produit précieux, est systématiquement extraite pour être revendue séparément aux industries cosmétiques et pharmaceutiques, augmentant ainsi la part de marché des produits dérivés.
- Composition : Utilisation massive d’acides gras distillés (souvent de l’huile de palme ou de suif animal). En comparaison, les savons traditionnels misent sur des ingrédients naturels, comme le savon naturel à base d’huiles végétales. Présence d’additifs synthétiques (EDTA, BHT) pour stabiliser la couleur et le parfum, ce qui influence les préférences des consommateurs soucieux d’hygiène et de naturel.
- Avantages/Inconvénients : Coût de production imbattable (quelques centimes l’unité), mais produit final détergent, souvent agressif pour le film hydrolipidique de la peau. Cette agressivité peut freiner la croissance du marché des savons auprès des consommateurs recherchant une hygiène douce, comme le reflète le dernier rapport de prévision du marché 2025.
3. Filière 2 : Le Savon de Bondillons (Semi-industriel)
Le « bondillon » (soap noodles) est le chaînon manquant entre l’industrie lourde et la petite marque, un maillon clé du marché du savon.
- Le concept : Des usines (souvent en Malaisie ou en Indonésie) produisent des granulés de savon naturel neutre. Ces granulés sont exportés vers l’Europe où des marques les « re‑travaillent » dans des mélangeuses (extrudeuses) en ajoutant du parfum et du colorant, afin de répondre aux attentes des consommateurs.
- Le marketing : Beaucoup de savons dits « de Provence » ou « artisanaux » vendus sur les marchés sont en réalité des savons de bondillons transformés, un phénomène souvent souligné dans le rapport sectoriel.
- L’enjeu : Une faible valeur ajoutée technique, mais une grande flexibilité marketing, ce qui influence la taille du marché et les prévisions de croissance du secteur du savon.
4. Filière 3 : La Saponification à Chaud (Traditionnelle)
C’est la méthode historique du Savon de Marseille, du Savon d’Alep et du savon naturel.
- Processus : Les huiles sont cuites dans de grands chaudrons pendant plusieurs jours. On procède à des « lavages » à l’eau salée pour éliminer l’excès de soude.
- Qualité : Le savon obtenu est très pur et se conserve extrêmement longtemps. Cependant, comme pour l’industrie, la glycérine est souvent perdue lors des lavages au sel.
- Provenance : Marseille (France), Alep (Syrie), et Naplouse (Palestine) restent les centres historiques mondiaux.
- Le rapport le plus récent montre que la taille du marché du savon naturel progresse rapidement, porté par des consommateurs soucieux de produits naturels. Cette évolution se reflète dans la taille globale du secteur.
5. Filière 4 : La Saponification à Froid (SAF)
Nous défendons une filière d’excellence à la Savonnerie Art N’O, spécialiste du savon naturel et, depuis quatre ans, des produits phytothérapeutiques à base de plantes, d’huiles essentielles et d’huiles végétales. Ces formulations ciblent douleurs articulaires, contractions musculaires, eczéma, psoriasis, migraines et boutons, tout en conservant le summum de la qualité dermatologique.
- Le processus : Aucune chauffe externe. Le rapport entre les huiles et la soude est soigneusement maîtrisé, la réaction chimique produit sa propre chaleur (exothermique).
- L’avantage majeur : La glycérine native est conservée intégralement dans le savon (environ 8 %). Un « surgras » (huiles non saponifiées) est ajouté pour nourrir la peau, et nos extraits végétaux renforcent l’effet thérapeutique.
- Le marché : Bien que ne représentant que 3 % du volume mondial, elle capte 15 % de la valeur grâce à son positionnement premium et éthique. La taille du marché attire des consommateurs exigeants qui apprécient le rapport qualité‑prix et recherchent des solutions naturelles et ciblées.
6. Analyse Comparative des Performances Industrielles et Artisanales
Pour comprendre la dynamique du marché, il faut analyser les indicateurs de performance (KPI) qui régissent chaque filière. Le coût de revient, le rendement en glycérine et l’empreinte carbone varient de manière drastique entre l’industrie de masse et l’artisanat de niche.
1. Filière Industrielle (Saponification en Continu)
Le modèle industriel repose sur l’économie d’échelle. Les unités de production (souvent situées en Asie du Sud-Est ou en Europe de l’Est) traitent des volumes colossaux.
- Capacité de production : Entre 5 et 15 tonnes par heure.
- Consommation énergétique : Élevée (vapeur haute pression pour la chauffe à 120°C – 150°C). On estime à 1,2 kWh l’énergie nécessaire pour produire 1 kg de savon industriel.
- Valorisation des sous-produits : C’est le point clé. Le processus de « lavage » permet de récupérer 95 % de la glycérine native. Au prix du marché actuel (environ 1 200 € / tonne de glycérine raffinée), cette revente permet de réduire le coût de production du savon de près de 15 %.
- Taux de chute (rebuts) : Inférieur à 0,5 % grâce à un recyclage immédiat des copeaux en début de ligne.
2. Filière des Bondillons (Extrusion / Finition)
Ce marché est le plus opaque mais aussi le plus dynamique en termes de marketing « pseudo-artisanal ».
- Coût d’entrée : Relativement faible. Une extrudeuse de table pour petites séries coûte environ 15 000 €, contre plusieurs millions pour une tour de saponification.
- Productivité : Une ligne automatisée de finition peut sortir 150 à 300 savons par minute.
- Marge bénéficiaire : Le bondillon neutre (base palme/palmiste) s’achète environ 0,90 € / kg. Après ajout de parfum (3 %), colorant et packaging, le coût de revient s’établit à 0,25 € l’unité pour une revente entre 4,00 € et 6,00 € en boutique touristique.
- Provenance : 85 % des bondillons mondiaux proviennent d’Indonésie et de Malaisie.
3. Saponification à Chaud (Traditionnelle / Chaudron)
La méthode marseillaise ou d’Alep est un processus « batch » (par lots) mais à grande échelle.
- Cycle de fabrication : 10 à 14 jours. C’est un processus lent qui immobilise du capital (trésorerie).
- Rendement massique : Pour 1 tonne d’huile, on obtient environ 1,5 tonne de savon de Marseille (à 72 % d’acides gras).
- Consommation d’eau : Très élevée. Les lavages successifs au sel pour purifier le savon consomment entre 3 et 5 litres d’eau par kg de savon produit.
- Main-d’œuvre : Nécessite des maîtres savonniers hautement qualifiés. Le coût de la main-d’œuvre représente 25 % du prix final, contre moins de 5 % en industriel.
4. Saponification à Froid (SAF – Le modèle Art N’O)
Le modèle de la SAF est disruptif car il inverse la logique de rentabilité immédiate au profit de la valeur dermatologique.
- Capacité de production : Limitée. Un artisan produit en moyenne 50 à 200 kg par jour.
- Consommation énergétique : Quasi nulle (0,05 kWh / kg). Seule la fonte des beurres solides (karité, coco) demande une légère chauffe à 40°C.
- Teneur en glycérine : 100 % conservée. Un savon SAF contient naturellement entre 7 % et 9 % de glycérine, soit un avantage hydratant multiplié par 10 par rapport aux savons industriels (qui en contiennent moins de 0,5 %).
- Le coût du « Surgras » : En SAF, on laisse volontairement entre 5 % et 10 % d’huiles non transformées. Cela représente un manque à gagner théorique sur le volume de savon produit, mais constitue la signature de qualité du produit.
- Temps de cure (séchage) : Minimum 4 à 6 semaines. C’est le point critique du modèle économique : il faut un espace de stockage important et une gestion de stock rigoureuse.
7. Tableau Synthétique de l’Étude de Marché
| Processus | Investissement Initial | Glycérine | Énergie | Impact Écologique |
| Industriel | Très Élevé (> 5M€) | Retirée (Vendu) | Élevée | Moyen (Additifs) |
| Bondillon | Moyen (50k€ – 200k€) | Absente | Faible | Élevé (Transport) |
| À Chaud | Élevé (Chaudrons) | Partiellement retirée | Élevée | Moyen (Eau) |
| À Froid (SAF) | Faible (< 10k€) | Native (Gardée) | Très Faible | Excellent (Zéro rejet) |
8. Géopolitique du Savon : Provenances et Flux
La provenance du savon naturel est intrinsèquement liée aux matières premières :
- Asie du Sud-Est (Indonésie/Malaisie) : Premier producteur mondial de bondillons à base d’huile de palme.
- Bassin Méditerranéen : Leader sur le savon à base d’huile d’olive (Espagne, Italie, Grèce, Tunisie).
- Afrique de l’Ouest : Zone émergente grâce à la transformation locale du beurre de karité (Ghana, Burkina Faso).
- Ces différentes régions façonnent la taille du marché mondial du savon, qui connaît une croissance soutenue grâce à la demande croissante de produits plus écologiques.
9. Foire aux questions (FAQ)
Pourquoi le savon industriel est-il moins cher ?
Parce qu’il est produit en continu, que les matières premières sont achetées en volumes massifs et que la glycérine (valorisable) est retirée pour être vendue séparément.
Comment reconnaître un savon de bondillons ?
Il a souvent une texture très lisse, homogène et des couleurs vives. S’il porte la mention « savon de Marseille » mais qu’il est rose ou violet, il s’agit probablement d’un savon de bondillons coloré.
Le savon à froid est-il plus écologique ?
Oui, car il nécessite très peu d’énergie (pas de chauffe), consomme très peu d’eau lors de la fabrication et est 100 % biodégradable sans additifs chelatants chimiques.
10. Sources et Références
- Statista 2025 : Global Soap Market Report.
- Cosmetics Europe : Market performance and trends.
- ADEME : Analyse du cycle de vie des produits d’hygiène solide.
- INSEE : Évolution de la consommation des produits de toilette en France.